Foi publicado no princípio do ano o livro Les Luttes de classes en
France au XXIe siècle, de Emmanuel Todd, consagrado antropólogo e sociólogo
francês, que dispensa apresentações. Encomendei-o logo que posto à venda, mas a
sua chegada a Portugal ocorreu já no período de confinamento, razão pela qual
só há algumas semanas me chegou às mãos. Acabei agora de lê-lo.
Fruto de análise profunda e baseado em pormenorizadas estatísticas, o
livro de Todd revela-nos uma França para muitos desconhecida. Nos tempos perturbados
que vivemos, trata-se de uma obra de leitura imprescindível. Colocado sob o
patrocínio de Karl Marx, que escreveu Les Luttes de classes en France,
editado em 1895, este livro mostra-nos que chegámos ao fim de um ciclo iniciado
em 1968, em que se fizeram aquisições definitivas [para mim o conceito de
definitivo é um pouco relativo] como a emancipação das mulheres e a
homossexualidade. E sustenta que o novo ciclo que agora se inicia será dominado
por problemas económicos e pelo confronto de classes.
«Parmi les acteurs de nos
nouvelles luttes de classes du XXIe siècle, nous n'allons pas trouver seulement
le capitalisme mondialisé, des financiers aux dents longues, mais aussi des
petits bourgeois, très nombreux, des policiers, des enseignants et surtout
l'État profond, dont nous observons la montée regulière et menaçante. Nous
décrirons des classes sans conscience et aussi des classes en grand état de
fausse conscience. Nous découvrirons ainsi des dominés qui se prennent pour des
dominants.» (p. 20)
Não é naturalmente possível descrever aqui as teses propostas por
Emmanuel Todd, dada a extensão do volume agora publicado, mas tentaremos
enunciar algumas ideias fundamentais.
O autor baliza o seu livro por duas datas: 1992, data do referendo do
Tratado de Maastricht, e 2018, sublevação dos Gilets Jaunes (é neste
período que começa a implosão da França) e encontra-se dividido em três partes, a saber: I - Le changement
social: 1992-2018; II - La comédie politique; III - La crise.
Começa o autor por louvar a obra de Thomas Piketty, Le Capitalisme au
XXIe siècle, a que fizemos referência aquando da sua publicação, embora
notando que aquilo que se está a verificar em França não é tanto um aumento em
flecha das desigualdades mas principalmente uma queda do nível de vida, que
atinge todos (ou quase) os grupos sociais.
Houve, de facto, uma subida dos rendimentos dos 1% superiores, e
especialmente dos 0,1 % superiores, que se encontram incluídos numa faixa de
10%, abaixo da qual figuram os 90% da população.
Para fundamentar as suas conclusões, Todd recolhe abundantes dados do
INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) e publica
inúmeros mapas de França, indicando, por regiões, a distribuição dos números
que cita.
Para estudar a evolução das categorias sócio-profissionais, Todd
distingue, grosso modo, as seguintes: 1) agricultores em actividade; 2)
artesãos, comerciantes e chefes de empresa; 3) quadros e profissões
intelectuais superiores (CPIS); 4) profissões intermédias; 5) empregados; 6)
operários. Entre 1990 e 2018, a percentagem de operários diminuiu 9% e a de
agricultores 3%. A percentagem de CPIS aumentou 6,7% e a de profissões
intermédias 5,7%.
A seguir à queda económica, Todd dedica-se à deslocação social da
inteligência, uma abordagem interessante que não é possível descrever aqui.
Depois, é tratada a questão das estruturas familiares e o fim das culturas
regionais. « La connaissance
de l'anthropologie historique nous permet de percevoir le monde, non comme le
discours de l'Europe et de la mondialisation le présente, mais tel qu'il est.
Elle revèle, non des sociétés qui convergent, mais des sociétés qui
divergent.» (p. 94)
«Notre société est devenue
paradoxale: les niveaux de vie baissent mais – enfin – le modèle des classes
moyennes est le bon. Simplement, nous devons dissocier l’idée de naissance
d’une société de classes moyennes de celle d’enrichissement. Nous assistons à
l’émergence d’une classe moyenne dominante dans un contexte d’appauvrissement.
Une coïncidence temporelle que l’on peut expliquer: les classes moyennes
étaient riches quand les ouvriers allaient bien et qu’il y en avait beaucoup.
Si l’on détruit les ouvriers, on finit par détruire le niveau de vie en général
et celui des classes moyennes en particulier. Telle est la magie de la
globalisation économique qui avait voulu nous faire croire qu’en délocalisant
la classe ouvrière vers l’Asie on allait avoir enfin la prosperité et la paix
(sociale).» (pp. 113-4)
«Marx est le bon modèle tout
simplement parce qu’il n’a pas peur de son ombre: il suit son instinct, il a
l’audace, le génie des coups d’oeil ravageurs. La façon don’t il explique que
les moeurs dépravés de l’aristocratie financière et du lumpenprolétariat se ressemble et que, aux deux bouts de la
société, on trouve le même type de pourriture morale est fabuleuse. Même chose
pour sa description des dilemmes de la petite bourgeoisie. Et comment ne pas
frémir, en 2019, lorsqu’on lit, dans sa préface de 1869: “Je montre, au
contraire, comment la lutte de classes
en France a créé des circonstances et des conditions qui ont permis à un
médiocre et grotesque personnage de jouer le rôle de héros. " Nous vivons
dans la France d’Emmanuel Macron et cette phrase est pour nous. Elle montre
qu’inévitablement la méthode de Marx va nous mener quelque part.
Le 18 Brumaire nous offre surtout deux concepts fondamentaux. Le premier est celui d’une
autonomisation de l’État par rapport à la société. Citons Marx dont le sens de
la formule reste inimitable :
C’est seulement sous le second Bonaparte que l’État semble s’être rendu
indépendant de la société, l’avoir subjuguée. L’indépendance du pouvoir
exécutif se révèle au grand jour lorsque son chef n’a plus besoin de génie, ni
son armée de gloire ni sa bureaucratie d’autorité morale pour se justifier. La
machine de l’État s’est à tel point consolidée en face de la société civile
qu’il lui suffit d’avoir à sa tête le chef de la Société du Dix-Décembre, ce
chevalier de fortune accouru de l’étranger, élevé sur le pavois par une
soldatesque ivre, qu’il a achetée avec de l’eau-de-vie et du saucisson, et à
laquelle il lui faut sans cesse recommencer à servir du saucisson.» (pp. 115-6)
«Une remarque avant de quitter
la pointe extrême de la structure sociale. En France, nous sommes pour ainsi
dire débarrassés du concept de "bourgeoisie industrielle" puisque
l’euro s’est chargé de détruire notre industrie et a mis ce qui en restait sous
la coupe des banques et de la finance. Il existe bien encore des petits
patrons, dont on découvre d’ailleurs de temps en temps qu’ils font cause
commune avec les Bonnets rouges ou avec les Gilets jaunes. Mais ils ne
sauraient plus constituer une classe à part entière.» (p. 121)
Segundo Todd, a tipologia activa da população francesa (2015-2018) é a seguinte:
- Aristocracia estatal-financeira (e dependentes) – 0,1 + 0,9 = 1%
- Pequena burguesia (CPIS) – 19%
- Maioria atomizada – 50%
- Proletariado – 30%
A maioria atomizada inclui o que resta dos agricultores, as profissões
intermédias (técnicos, enfermeiras, etc.), os empregados qualificados, os
artesãos e os pequenos comerciantes. Os proletários englobam os operários e e
os empregados não qualificados.
«Pour tenter de comprendre
l’entrée en immobilité de notre pays, nous allons procéder à une étude
historique, en quatre chapitres, de ce qui s’est passé entre le référendum sur
le traité de Maastricht, en 1992, et la fin de la présidence Hollande, en 2017.
Ce faisant, nous allons comprendre à quel point l’entrée dans l’euro a permis
la fin de la démocratie représentative en France.
Avant même d’être
officiellement adoptée le 1er janvier 1999, la monnaie unique a mis la société
française sous tension, en raison de la politique de rigueur que ses critères
d’adoption impliquaient. Une fois en place, elle a entraîné le dysfonctionnement
du système politique. Celui-ci s’est mué en une "Grande Comédie", avec des
acteurs s’évertuant à s’offrir aux électeurs un spectacle, allant du grotesque
au tragique, pour dissimuler une triste réalité : la fin de la capacité
d’action des politiques, l’euro ayant privé la France de sa souveraineté
économique, donc de sa souveraineté tout court. À partir de la crise financière
qui a commencé en 2007-2008, cette Grande Comédie s’est élevée par étapes au
niveau de "Très Grande Comédie" : la France est alors devenue un simple
satellite de l’Allemagne.» (p. 167)
«Pourquoi une classe
dominante, qui était à l’époque l’aristocratie d’État mais pas encore une
aristocratie stato-financière utilisant l’État pour s’enrichir personnellement,
s’est-elle engouffrée dans un projet de monnaie unique aux implications aussi
absurdes ?
J’ai lu avec passion Euro-Tragedy : A Drama in Nine Acts,
d’Ashoka Mody, livre indispensable à quiconque souhaite suivre et comprendre
l’histoire calamiteuse de l’euro, somme prodigieuse dont la plupart des
lecteurs français ignorent l’existence. […] Mody nous décrit avec
talent des dirigeants monétaires et des économistes américains admirables de
finesse lorsqu’il s’agit d’utiliser la monnaie pour parer à une crise, ou de
critiquer la rigidité mentale de leurs homologues du Vieux Monde. Mais le
concept de libre-échange, auquel ils adhèrent, est leur bulle cognitive à eux,
et on ne saurait trop conseiller à Mody d’y consacrer un autre ouvrage (titre
suggéré : Free-Trade Tragedy :
A Drama in Fifteen Acts).» (p. 170)
«Nous apprenons cependant dans
EuroTragedy tout ce dont nous avons
besoin : que l’idée de fusion des monnaies européennes (en fait du franc
et du mark dans l’esprit des élites françaises) avait été soulevé pour la
première fois par Pompidou dès 1969, puis reprise par Giscard en 1978. Cette idée,
qui travaille donc depuis longtemps dans la haute bureaucratie française, s’est
d’abord heurtée aux fermes réticences des Allemands. Ainsi qu’on l’a vu, leur
réflexion monétaire a un temps d’avance sur celle des Anglo-Américains et mille
sur celle des Français. Les Allemands avaient les premiers compris la nature
des déséquilibres monétaires européens et les avantages de monnaies flexibles.
Plus tard, ils seront donc intellectuellement beaucoup mieux armés que nos
énarques – sans même évoquer l’ignorance
économique crasse de Mitterrand – pour anticiper leur intérêt et
accepter l’euro à leurs conditions.
[…] Les métaphores familières qui circulaient alors au ministère des Finances
étaient souvent à caractère sexuel. Une monnaie forte évoquait une
érection bonne tenue.» (p. 171)
«L’objectif officiel de l’euro
était, en ligotant le mark dans la monnaie unique, de maîtriser l’Allemagne.
Une telle idée ne pouvait naître que dans le cerveau de bureaucrates français qui, l’on a vu,
contrairement aux Allemands, ne comprennent rien du marché. Maîtriser l’Allemagne,
maîtriser l’économie. On peut encore attribuer au traité de Maastricht un
troisième objectif : maîtriser le peuple français. Certains considéreront
qu’il s’agit d’un procès d’intention. Mais tout ceci fut débattu en 1992.
L’enjeu avait été formulé par Philippe Séguin lors de son discours du 5 mai
1992 devant l’Assemblée nationale : "L’alternative est claire : nous
devons conserver notre souveraineté ou y renoncer." Il est difficile, quand on
réécoute ce discours de plus de deux heures, moment d’éloquence et de lucidité
parlementaire exceptionnel, de ne pas être frappé par son caractère
prophétique :"‘Que l’on ne s’y trompe pas, la logique du processus de
l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un
fédéralisme au rabais fondamentalement antidémocratique, faussement libéral et
résolument technocratique. Elle enterre la conception de la souveraineté
nationale et les grands principes issus de la Révolution : 1992 est littéralement
l’anti-1789."
Les acteurs de l’époque –
Mitterrand excepté peut-être – étaient bien conscients qu’un État qui n’est
plus maître de sa monnaie, de sa création monétaire, ne peut plus être un État
démocratique au sens classique : "Ce qu’on nous demande d’abandonner, pour
atteindre la prospérité, ce n’est pas seulement le droit de battre monnaie,
c’est la possibilité de conduire une politique économique qui nous soit propre",
notait encore Séguin.
Je ne saurais dire laquelle de
ces trois dimensions – stratégie antiallemande, rigoriste économique ou
antidémocratique – fut prédominante sur les tribunes où se mêlaient
fraternellement, lors du débat de 1992, bateleurs socialistes et giscardiens.
Ces trois dimensions se mêlent.
[…] Mais nous pouvons, après un
quart de siècle, évaluer des succès pulsionnels relatifs.
L’objectif nº 1 de maîtrise de
l’Allemagne a abouti à l’issue inverse : la soumission de la France à
l’Allemagne.
L’objectif nº 2 d’amélioration
de l’économie a conduit à la destruction de l’industrie française.
En revanche, reconnaissons-le,
l’objectif nº 3 d’abolition de la démocratie a été atteint : le peuple
français a été dépossédé de sa souverainité.» (pp. 173-4)
«Il ne s’agit pas ici de
sous-estimer ce que représente l’idéologie du FN. Les origines d’extrême-droite
de ses dirigeants historiques sont avérées. Son fonds de commerce est
l’hostilité aux immigrés d’origine maghrébine, la haine ethnique. Mais, je puis
vous l’assurer, s’opposer au lepénisme ne fait pas de vous un héros de la liberté
et de l’égalité si vous avez, par ailleurs, privé le citoyen français de son
droit de vote effectif, c’est-à-dire qui puisse servir à quelque chose. Tout au
plus pouvez-vous vous présenter comme un oligarque libéral antiraciste.
Car, il faut bien se rendre
compte, et c’est capital, qu’à partir de 1999 la démocratie représentative, au
sens classique et conventionnel du terme, a cessé d’exister en France.
Aujourd’hui, quand les classes supérieures parlent de démocratie ou de démocratie
libérale, elles font preuve de cynisme, de déficience cognitive ou de fausse
conscience au sens marxiste du concept. Car la démocratie représentative ne
consiste pas simplement à voter. Je vais donner un exemple extrême pour me faire comprendre : "des
élections au Folketing (Parlement danois) ont été tenue au Danemark le 23 Mars
1943, sous l’occupation nazie. L’événement m’est apparu tellement irréel que
j’en donne les résultats détaillés pour montrer qu’il a bien eu lieu."
[Na impossibilidade de apresentar o quadro, refiro (é a intenção do autor)
que o partido nazi dinamarquês obteve apenas 2,1% dos votos. Isto mostra o
apego dos dinamarqueses à sua democracia, ainda que o Folketing não tivesse
então qualquer poder.]» (pp.
182-3)
«Nous voici presque arrivés au
temps présent, avec l’accession à l’Èlysée d’un président de la République de
type nouveau à bien des égards – jeune, élu sans l’appui dans grand parti,
refusant le clivage gauche-droite -, mais dont il convient de rappeler que,
comme les précédents, il a perdu tout pouvoir. Dans la mesure où la France
continue d’appartenir à l’Union européenne et à la zone euro, il ne peut pas
modifier la politique commerciale ni gérer la monnaie. Sa seule marge de
manœuvre réside dans la flexibilisation du marché de travail, la compression
des salaires et des dépenses, la destruction des services publiques. Sous
Macron, l’histoire politique reste une comédie.» (p. 223)
«Qui est Macron ? Son
profil de base plutôt banal, au sein d’une hiérarchie socialiste qui fut, plus
encore que celle de la droite, très "haute-bureaucratique". Il est inspecteur
des Finances, il est passé un court moment par la banque, il a travaillé à
l’Élysée avec Hollande, il a été ministre de l’Économie. C’est un personnage
dont l’unique originalité est d’appartenir à une autre génération. Gardons en
tête que le but fondamental du système politique français est d’organiser des
pièces de théâtre successives qui doivent masquer l’absence de pouvoir
économique réel du président : ce qui nous a donc été vendu cette fois-ci,
c’est la jeunesse. Mais dans ses fondamentaux, Macron est comme les autres. Le
passage par la banque, où beaucoup ont voulu voir une spécificité, en bien ou
en mal, n’y change pas grand-chose puisque les banques, en France, reste sous
la dépendance de l’État. Ajoutons à sa jeunesse un mariage assez original, il
faut le dire, avec une femme plus âgée que lui. Macron est aussi le premier de
nos présidents qui ait eu, avant d’entrer en politique, une petite formation de
comédien – grâce à Brigitte, qui animait l’atelier de théâtre où ils se sont
rencontrés.» (pp. 225-6)
«Au cœur du 18 Brumaire de Louis Bonaparte, nous
l’avons dit dans la première partie de ce livre, on trouve une interrogation :
comment un personnage aussi insignifiant a-t-il pu devenir président puis, par
un coup d’État, empereur des Français ? Le problème Macron se pose
exactement dans les mêmes termes. En tout cas, c’est ainsi que je le perçois
depuis le début. Lorsque j’ai vu l’homme apparaître à la télévision, en
candidat, j’ai été tout de suite frappé par sa parole vide, par ce qui
m’apparaissait comme un enfilage de poncifs et de concepts creux.» (p. 228)
«Une fois prononcé le
diagnostique d’un Macron incolore, inodore et sans saveur sur le plan
intellectuel, nous restons confrontés à un problème d’ordre sociologique, que
j’ai pu observer tout autour de moi comme dans les sondages : l’effet de
fascination exercé par Macron sur certains secteurs de la société. La vacuité
du président semble être entrée en résonance avec les aspirations, les besoins,
les idées (le vide peut-être, tout simplement) de certaines catégories
sociales. Mais, qui au fond, s’est donc identifié à ce dépassement du clivage
gauche-droite, à cet euro-économisme creux, et, reconnaissons-le, à l’abandon
bienvenu du thème ethno-religieux ?
Tout ce que j’ai pu lire sur
les personnes qui ont encouragé Macron dans son ascension valide l’existence de
ce groupe [a que Todd chama o Estado profundo], et surtout de son pôle
étatique, comme point d’origine du macronisme. Beaucoup insistent sur les
financements qu’il est allé chercher parmi les expatriés de Londres ou de New
York, chez des activistes de start-up, ou sur ses relations avec quelques
milliardaires français. Mais les grands patrons les plus âgés étaient plutôt
fillonistes et si Macron a pu battre Fillon, c’est que les forces qui étaient
derrière lui, en termes de financement ou de logistique, étaient ailleurs. Nous
avons dit plus haut que la haute bureaucratie ne se limitait pas à l’inspection
des Finances, qu’elle incluait aussi le monde de la justice. Et, de fait,
celle-ci a rendu de grands services au candidat puis au président Macron :
Fillon a été éliminé au moment où il fallait l’éliminer, plus tard Mélenchon
détruit au moment où il fallait le détruire. La victoire de Macron démontre, en
un sens, qui est le vrai patron en France : l’État libéré des partis,
plutôt qu’un capitalisme sous perfusion. Le plus vraisemblable est donc qu’à
travers Macron nous avons vécu l’arrivée directe au pouvoir de l’État devenu un
acteur politique autonome.» (pp. 230-1)
«Depuis vingt ans, je me suis
fait une spécialité d’insulter nos présidents. J’ai eu l’occasion de traiter
Chirac de "crétin" sur France Inter, Sarkozy de "machin" sur France 3, Hollande
de "nain" dans Marianne (je ne suis
plus sûr). Mes estimations défavorables de leur niveau intellectuel n’étaient
pas toujours justifiées (pour Chrirac et Sarkozy, du moins). Mais, dans toutes
les cas, les journalistes me laissaient dire. Bon client, on s’amuse. Quand
j’ai commencé à faire de même avec Macron, je me suis aperçu que, quel que soit
l’interlocuteur, je touchais une corde sensible. Mettre en question
l’intelligence supérieure du candidat puis du président Macron revenait à
commettre un acte contre nature, impensable. Ceci est d’autant plus étrange que
son parcours scolaire n’est pas sans faute. Il a raté le concours de Normale
sup puis fait Sciences Po. Il est entré à l’ENA dont il est certes sorti
inspecteur des Finances. Ce qui, comme on l’a dit plus haut, suppose, non pas
un génie particulier, mais surtout de savoir se comporter en cireur de pompe
efficace. Et, de fait, quand on lit ses biographies ou croise ses anciens
condisciples, on constat que Macron a laissé, tout au long de son premier
parcours, de lycée Henri-IV à Sciences Po, une flamboyante réputation de
fayot : Agnan dans Le Petit Nicolas.»
(p. 234)
«La sublimation de Macron en
génie de la pensée par une partir considérable des Français d’en haut constitue
un problème sociologique central. J’aurais aussi bien pu parler de "divinisation",
d’ailleurs : qu’un gamin (et, on va le voir, un gamin mal élevé) puisse
laisser qualifier sa présidence de "jupitérienne" sans faire rire nous met sur
la piste d’une situation réellement psychopathologique de la petite bourgeoisie
CPIS, qui semble se complaire désormais, non seulement dans la dénégation de
la réalité, mais dans son inversion.» (p. 237)
Já me alonguei demasiado com citações, tanto mais necessárias quanto não
quero, ao resumir, atraiçoar o pensamento do autor. Mesmo assim, ainda algumas outras
antes de concluir.
«Résumons-nous. Le vote
Le Pen existe, stable en structure de 2012 à 2017. En 2017, il détermine à 86%
(R2) le vote Macron. Voter Macron, dès le premier tour, c’est donc voter contre
Le Pen. L’acte n’a pas d’autre contenu. Ce qui nous permet de comprendre
pourquoi le vide programmatique de Macron n’a pas représenté un problème pour
son électorat. Dans la mesure où le Front national n’a aucun projet national
positif, nous pouvons désormais affirmer que le macronisme, c’est d’une
certaine façon la négation d’un zéro. Et surtout montrer à quel point la
macronisme signifie l’absence de projet dans la petite bourgeoisie CPIS pour
laquelle Le Pen semble être devenue un élément de structuration idéologique et
mental nécessaire : la lutte contre le populisme (ou contre le peuple
lui-même) est devenue son seul projet. Voilà qui est hautement compatible avec
notre vision d’un pouvoir politique français impuissant dans l’Union européenne
et la zone euro.» (pp. 248-9)
O autor debruça-se depois sobre o aparecimento dos Gilets Jaunes em 2018
e sobre o seu perfil sociológico. Explica depois, segundo os dados
estatísticos, que a maior parte dos Gilets Jaunes pertence às categorias mais
desfavorecidas, que designa de proletariado (26% de operários e 21% de
empregados). Segundo a amostra estudada, 29% votaram por Marine Le Pen em 2019 e 17% por Jean-Luc Mélenchon, totalizando os votos brancos e as abstenções
27%. É muito interessante a análise sociológica a que procede, identificando as
categorias profissionais e a sua implantação no território francês. Uma
sondagem da população em 6-7 de Novembro 2018 indica que os Gilets são apoiados
por 51% e recebem a simpatia de 20% dos franceses, isto é, um total de 71%.
A propósito dos Gilets Jaunes, Todd reserva o penúltimo capitulo a “A
reacção macronista: o novo partido da ordem e o anti-semitismo 2.0”, em que
discorre sobre a posição do Rassemblement National, a favor dos Gilets mas
também a favor da Polícia (uma posição ambígua), já que é suposto que metade
dos gendarmes e dos polícias votam Marine Le Pen. Por outro lado, Todd aponta a
posição dos jornalistas e dos juízes a favor de Macron e menciona o Grand Débat
macroniano como uma farsa única na história da França. Escreve ainda Todd: “J’ai pu y déclarer, dans
l’une de ses émissions foutoirs improvisées qui contribuent à l’originalité et
à la grandeur de la France, que le mouvement des Gilets jaunes m’avait rendu ma
fierté d’être français.’ (p. 310)
Sobre a instrumentalização do
anti-semitismo pelo Poder, tentada por Emmanuel Macron contra os Gilet Jaunes,
Todd escreve : «L’antisémitisme classique se contente de dire que les
Juifs sont des êtres nuisibles, disposant non seulement d’argent mais surtout
d’un pouvoir occulte et malfaisant. Avec le macronisme, nous sommes confrontés
à un procédé plus subtil : on accuse les milieux populaires français, dont
les préoccupations sont tout autre, d’être antisémites. On se présente en
défenseurs des Juifs que personne n’attaque en réalité – en tout cas pas de ce
côté-là. Ce faisant, on tente de remettre, de manière subliminale, le Juif au cœur
des problèmes sociaux français.» (p. 314) Esta campanha foi desencadeada
com o pretexto de uma agressão verbal contra Alain Finkielkraut que interpelou
uma manifestação dos Gilets Jaunes.
«Voilà pourquoi, en tant que
citoyen français d’origine juive je ne suis pas tellement rassuré d’avoir pour
protecteur un petit bourgeois de province président, même et surtout s’il est
passé par la banque Rothschild, secondé par un ministre de l’Intérieur qui a
commencé sa carrière en jouant au poker avec des truands marseillais. Ces
deux-là nous parlent trop des Juifs. Cette boue-là ne renvoie pas à la bonne
histoire, celle du J’accuse de Zola»
(p. 317)
Sobre as eleições europeias de
2019, Todd escreve: “Dans l’espace théoriquement compris entre ces deux
extrémismes de droite, le RN (représentant une violence xénophobe et verbale) et LREM (représentant une
violence bourgeoise, verbale et physique), on trouve toujours presque 55% d’un
électorat qui a atteint un niveau de pulvérisation extrême, incarné au premier
chef par le nombre record de listes présentées : 34.» (p. 321)
Listas apresentadas : 34
Total de 32 listas – 54,3%
RN – 23,3%
LREM – 22,4%
«Nous constatons déjá toutes
sortes de remises en question des libertés fondamentales, dénoncés par des
avocats : des comparutions immédiates et des incarcérations abusives, une
fermeture croissante du système médiatique à la critique. Savoir à quelle stade
on pourra parler de "coup d’État" n’est pas évident. En arrivera-t-on à la
suppression des élections, dont j’ai dit tout au long de ce livre qu’elles
étaient devenues une comédie ? Sera-t-elle convaincante ou si ridicule
qu’elle provoquera dans l’opinion un rejet, qui obligerait à s’en passer ?
Je ne sais pas, mais nous devons garder l’esprit ouvert, mieux, placer d’avance
dans notre réflexion une case "nouveautés impensables". Les vraies catastrophes
historiques surviennent lorsqu’on n’a pas été capable d’imaginer le pire. Ce
qui a rendu possible le fascisme ou le nazisme, c’est que, à l’exceptions
d’eux-mêmes, personnes ne les avait imaginés.
Bien entendu, ainsi que je
l’avais dit le 3 Octobre 2018, peu avant la crise des Gilets jaunes, lors d’une
conférence organisée à Sciences Po par Étienne Campion et le groupe Critique de
la raison européenne ("Qu’est-ce que le macronisme ?"), un tel coup d’État
exigerait l’accord, voire la participation, du Rassemblement national qui,
implicitement, contrôle la moitié des forces de l’ordre et de l’armée, les
hommes du rang plutôt que les grades d’ailleurs. Une tel hypothèse semblera
absurde à qui prend au sérieux la théorie de l’affrontement inexpiable de
l’élitisme macroniste et du populisme frontiste. Mais si nous nous souvenons du
fond idéologique commun aux deux forces – abolition fascitoïde de la
distinction gauche-droite, désignation d’un ennemi intérieur et inférieur (les
immigrés, le populo), violence implicite des conceptions politiques lepénistes
et macro-bénalistes -, une telle convergence n’a rien d’inconcevable. Au niveau
des "valeurs", en tout cas.» (p. 356)
«Je n’emploie pas le terme
‘fascistoïde’ à la légère à propos de Macron. Une démocratie ne peut
fonctionner qu’avec les notions de gauche et de droite. Elle est d’alternance
ou elle n’est pas. Dès qu’un parti se dit "ni de droite ni de gauche", qu’il
s’agisse du lépenisme ou du macronisme, nous commençons de remonter plus ou
moins vite vers les sources du fascisme. Avec le concept d’UMPS, le FN s’est
défini comme non républicain ; en annonçant la fin du clivage
gauche-droite, Macron s’est aussi défini comme non républicain. Ce qu’on
constate dans son usage de la police, dans son usage de la violence, dans les
restrictions des libertés, dans sa tentative d’instrumentalisation de la
question juive, évoque pour moi une sortie du républicanisme.
La grande faiblesse du macronisme autoritaire, c’est cependant son conformisme économique, son
attachement puéril aux conceptions les plus éculées de la rigueur budgétaire,
pour tout dire son retour au pré-keynésianisme, au XIXe siècle. "Réduire la
dépense publique tout en s’enrichissant soi-même", je l’ai suggéré plus haut,
pourrait être la devise de l’ENA 2.0. Seulement, réprimer coûte cher. Il faut
investir dans la police et bien au-delà de quelques primes de circonstances ;
il faut construire des prisons qui soient autre chose que des lieux d’entassement
de Gilets jaunes et de jeunes des banlieues, lieux de fusion de l’opposition à
venir. L’absurdité intrinsèque du système euro est qu’il stimule les conflits
sociaux tout en restreignant les moyens d’y faire place sur le plan répressif.
Le fascisme était économiquement expansionniste, il se donnait les moyens d’une
relance, non seulement par la construction de routes et de voies ferrées, de
projets industriels, mais aussi en débloquant des crédits pour la police et l’armée.
Macron, dont nous avons déjà suggéré qu’il n’était pas Machiavel, n’est décidément
pas non plus Mussolini.
Mais retournons à Marx et à
son 18 Brumaire, même s’il est
difficile de se représenter Macron en futur Napoléon III. […] On relèvera
toutefois qu Napoléon III vivait dans un monde dynamique et qu’il a présidé à une
accélération de la révolution industrielle en France. Macron, s’il réalisait
une forme de coup d’État, se retrouverait face au même double problème :
1) Il n’est pas le patron puisqu’il obéit à l’Allemagne ;
2) Le niveau de vie va continuer à baisser.
Je ne vois pas très bien
comment le dictateur d’une nation qui perd son systéme industriel, s’enfonce
dans la pauvreté et dans l’obéissance à une puissance étrangère, pourrait s’en
sortir à long terme. Mais je dois avouer que j’arrive ici au bout de mon imagination
historique.» (pp. 357-8)
Terminei este post que resultou
muito mais longo do que a minha previsão inicial. Mas tinha de ser. Não subscrevo
integralmente as conclusões de Emmanuel Todd, mas, no essencial, concordo com a
sua análise da situação em França. E recordo que este livro foi escrito ainda
antes da eclosão da pandemia que afecta terrivelmente o mundo. Fosse-o depois e
o pessimismo do autor seria certamente mais profundo.